Un établissement de santé prend en charge les patients qui franchissent ses portes. Une partie de la population n'y accède jamais, ou trop tardivement.
Délais de rendez-vous, distance, désertification médicale : ces freins touchent en priorité les publics les plus fragiles, qui renoncent aux soins et à la prévention en premier.
Nous avons consacré un livre blanc entier à ce sujet. Cet article traite d'un enjeu peu visible mais déterminant pour votre établissement : les patients qui échappent à votre parcours de soins, faute d'un accès possible en temps voulu.
Une offre de soins existante, mais difficilement accessible
L'offre de soins existe. La difficulté réside dans l'accès aux professionnels dans des délais compatibles avec l'état de santé du patient ou ses contraintes.
Cet écart entre une offre théoriquement accessible et la capacité réelle d'un patient à y accéder correspond à la notion de dernier kilomètre. Il ne se limite pas aux publics sans médecin traitant : les données Hocoia montrent qu'un médecin traitant ne garantit pas, à lui seul, l'obtention d'un rendez-vous dans des délais adaptés.
La désertification médicale accentue par ailleurs l'isolement de certains usagers, en particulier au sein des ESSMS, où les résidents nécessitent une vigilance clinique rapprochée. À la barrière territoriale s'ajoute une dimension sociale : capacité à s'absenter, compréhension du parcours de soins, complexité administrative. Ces facteurs retardent la prise en charge.
Des retards qui se répercutent sur les établissements
Plus l'accès aux soins est complexe, plus les publics fragiles attendent, et plus les établissements absorbent les conséquences de ces retards.
Un dépistage repoussé se traduit par une pathologie détectée à un stade plus avancé. Un renoncement aux soins se traduit par une dégradation progressive de l'état de santé, jusqu'à nécessiter une prise en charge plus lourde. À l'échelle du système, ces situations individuelles se traduisent par un recours inapproprié aux urgences, des hospitalisations évitables et des ruptures de parcours.
Un enjeu stratégique pour les établissements
Un cadre s'impose progressivement dans le secteur pour répondre à cet enjeu : la responsabilité populationnelle, portée par la Fédération Hospitalière de France depuis 2017. Elle invite les établissements à considérer leur rôle non plus seulement à l'échelle du patient accueilli, mais à celle du territoire et des populations qu'ils accompagnent.
Cet enjeu dépasse le seul cadre du soin. Il concerne la qualité des parcours, l'équité d'accès et la soutenabilité du système de santé. La question pour les établissements n'est plus de savoir s'il faut agir hors les murs, mais comment structurer cette action sans alourdir le fonctionnement des équipes.
Notre livre blanc développe ce sujet : diagnostic des tensions actuelles, données institutionnelles et repères concrets pour faire du « aller vers » une mission structurante.



